George GOODHEART (18.08.1918 – 05.03.2008)


«  La kinésiologie appliquée est fondée sur le fait que le langage du corps ne ment jamais
. » G. Goodheart

Les premières découvertes de George Goodheart constituent le socle commun à tous les différents courants connus en kinésiologie, les prémisses sur lesquelles tout le reste a été bâti.

Chiropracteur de formation, George Goodheart obtient son diplôme au National College of Chiropractic à Chicago, Illinois, en  1939. Il débute sa pratique professionnelle aux côtés de son père, chiropracteur lui aussi, connu pour ses grandes qualités de clinicien, et auprès de qui Goodheart Junior aiguisera sa pratique clinique et son diagnostic.

Mais c’est sa patientèle qui fera évoluer sa pratique et l’amènera à mettre au point les premiers outils de la Kinésiologie Appliquée, qu’il enseignera ensuite dans le monde entier. Le Collège International de Kinésiologie Appliquée (ICAK) sera fondé en 1975 pour diffuser ses enseignements aux professionnels de santé. Il en sera le directeur de recherche pendant 32 ans. Un de ses élèves, le Dr John Thie, participera à la vulgarisation des principes de base de la Kinésiologie Appliquée sous le nom de Touch For Health.

Voici l’histoire de quelques-unes des découvertes de George Goodheart, qui jalonnent et balisent la naissance et le développement de ce vaste courant, assez hétérogène il faut bien le dire, connu sous le vocable de  kinésiologie.

Origine/insertion

Les visites répétées d’un des jeunes patients de George Goodheart pour soulager une omoplate saillante fut le départ d’une interrogation fructueuse, à l’origine de la mise au point de la méthode Origine-Insertion. Aucune anomalie à la radio ne pouvait expliquer cette résistance au traitement. Il chercha donc une autre façon de procéder, et trouva dans le livre  »Muscle Testing » de Kendall & Kendall,  la description d’une méthode pour tester le Grand Dentelé, connu pour être le muscle qui  maintient l’omoplate contre la cage thoracique.

George Goodheart testa et constata la faiblesse musculaire. A la palpation, il trouva de nombreux nodules sur les insertions, qu’il entreprit de masser.

Cette manœuvre dynamique eut pour conséquence directe de permettre à l’omoplate de reprendre sa position normale et de renforcer durablement le muscle. Intrigué, il entreprit de tester les muscles selon la méthode de  Kendall & Kendall d’une manière plus systématique chez ses patients. Beaucoup présentaient des faiblesses musculaires qui se renforçaient  positivement par pression ferme sur leurs origines/ insertions.

Points neuro-lymphatiques

L’examen clinique d’un autre patient souffrant d’une sciatique ne cédant à aucun traitement mit plus tard George Goodheart sur la voie d’un dysfonctionnement lymphatique. En explorant le système lymphatique de son patient, il le soulagea rapidement, mais sans trop comprendre le processus. En revanche, cette manipulation était venue à bout de muscles faibles. L’ostéopathe Dr Chapman avait déjà cartographié des zones lymphatiques qu’il supposait agir comme des « disjoncteurs lymphatiques ». En renouvelant l’opération auprès de sa propre secrétaire, Goodheart put vérifier qu’il avait probablement stimulé les « disjoncteurs » lymphatiques de Chapman. La cartographie de Chapman établissait déjà la relation entre ces zones réflexes et des organes et des glandes. Ce qui permit à Goodheart d’avancer encore d’un pas en établissant par exploration et observation que ces points réflexes agissaient non seulement sur l’organe associé, mais permettaient également de renforcer des muscles faibles.

Il décrivit ainsi le lien spécifique de certains muscles associés aux points de Chapman, et mit en évidence que par cette relation, les corrections musculaires avaient un effet sur les organes. 

A cette époque, il démontra un autre lien fréquent entre le niveau d’activité des neuro-lymphatiques situés le long de la colonne vertébrale et les « lésions » vertébrales (prises dans le sens de lésions ostéopathiques). Mais il posa l’hypothèse qu’une simple correction structurelle pouvait parfois s’avérer insuffisante. En effet, même une fois la manipulation vertébrale effectuée, pouvait perdurer un « court-circuit » lié aux neuro-lymphatiques qui entravaient le

l’ensemble. On devait prendre en compte ces interrupteurs « éteints » en attente d’être  « rallumés ». Il systématisa ainsi les corrections sur les « disjoncteurs » de Chapman, que l’on utilise toujours sous le nom de stimulations neuro-lymphatiques.

Respiration crânienne

D’autres échecs ont été à l’origine du perfectionnement de sa méthode. Une patiente italienne avec des  maux de tête récalcitrants lui fournit cette occasion. Il mit en relation ces symptômes avec un certain déséquilibre au niveau crânien.

La formation classique de George Goodheart lui avait appris que les os du crâne ne pouvaient pas bouger. Il connaissait cependant suffisamment le travail de l’ostéopathe William Garner Sutherland, à travers ses lectures, pour remettre en cause ce postulat s’il le fallait. Ayant noté que les déséquilibres musculaires de sa patiente changeaient en fonction de sa respiration, il fit un lien avec la théorie de Sutherland selon laquelle les os du crâne bougent avec la respiration comme les branchies d’un poisson. Il chercha à suivre le rythme de sa respiration tout en restaurant le déséquilibre crânien : la technique fonctionna et la patiente fut soulagée.

Il s’agissait pour lui de la confirmation de la théorie du mouvement crânien, auquel il apporta sa contribution.

Il découvrit ainsi 14 défauts primaires, causes d’affaiblissement des muscles. Il développa l’idée que les vertèbres bougent aussi, ainsi que le sacrum et le coccyx selon les phases de la respiration. Il explora aussi la relation entre la respiration et la vitesse de circulation du liquide cérébro-spinal.

Points neuro-vasculaires

Cet ensemble de techniques était encore incomplet. Les points neuro-lymphatiques comme la stimulation des origine/insertions des muscles faibles restaient sans effet sur le traitement d’une crise d’asthme. Pour soulager son jeune patient,  il décida d’utiliser la technique de libération des sutures crâniennes du chiropracteur James Alberts. Entreprenant la manipulation, ses dix doigts de chaque côté de la ligne médiane de la tête du patient, il sentit comme une pulsation au niveau de la fontanelle postérieure. Etonnamment, plus il persistait, plus la pulsation se calmait sous ses doigts, et mieux le patient respirait. George Goodheart rattacha cette sensation tactile . aux pulsations décrites par le chiropracteur californien Térence Bennet. Ce dernier, dès les années trente, avait lui aussi cartographié des zones réflexes au niveau du crâne. L’expérimentation systématique de George Goodheart dans cette voie lui permit de constater que ces points réflexes de Bennet étaient eux aussi en relation avec des faiblesses musculaires.

Il introduit ainsi une autre façon de corriger les muscles faibles par la méthode de correction dite « des neuro-vasculaires ». La relation entre organes et muscles s’étoffait peu à peu.

Système des méridiens

Mais c’est l’introduction  de Goodheart aux concepts  de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) qui fut à l’origine de la découverte la plus fondamentale  pour notre pratique. La lecture de « Acupuncture, ancient chinese art of healing » de Felix Mann le familiarisa avec  la théorie des 5 éléments et l’utilisation de points d’acupuncture spécifiques pour la tonification ou la sédation. Goodheart trouva que ces points pouvaient aussi tonifier ou affaiblir les muscles qu’il savait déjà être en relation avec les organes. Fort de ces découvertes, George Goodheart publia en 1966 le premier livre  établissant cette relation muscle/méridien/organe, qui est devenue partie intégrante de la kinésiologie appliquée, puis du Touch for Health.

Voici ce qu’il écrit dans « You’ll Be Better, the Story of Applied Kinesiology«  :

« La capacité de comprendre…s’accroit par la capacité à utiliser les muscles comme des signaux du langage du corps. Une fois que les muscles sont testés avec la méthode décrite à l’origine par Kendall et Kendall, nous disposons d’une large panoplie de corrections pour résoudre le problème ».

Etre à l’écoute du langage du corps tout en respectant les lois de correction de la MTC constitue l’essentiel de l’héritage que nous devons à George Goodheart. Contrairement à la recherche médicale actuelle, souffrant d’une hyperspécialisation et d’une soumission à des objectifs de rentabilité les recherches de Goodheart étaient essentiellement basées sur l’observation et l’expérimentation. Ainsi, nous pouvons dire que George Goodheart a renoué avec un état de fait qui prévalait dans l’Antiquité, où le savoir était avant tout un savoir-faire.

Quentin Monnin

Published byQuentin Monnin

Kinésiologue spécialisé en Adaptogénèse

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